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Taxco de Alarcón et l'église Santa Prisca (Guerrero)

L'Eglise Santa Prisca de Taxco - Guerrero - Mexique
L'église baroque de Santa Prisca de Taxco de Alarcón

La religion tient une place prépondérante dans la vie des Mexicains. Ils sont 90% de catholiques et souvent très pratiquants, c'est une évidence. Il faut dire qu'une grande partie du pays fut inondée par les missionnaires espagnols dès les premiers moments de la Conquête. La propagation de la foi catholique se fit sans difficulté parmi les indigènes imprégnés de fatalisme. Les Aztèques, et autres tribus indiennes, décimés par la guerre et la variole, avaient vu s'effondrer en très peu de temps non seulement leur empire, mais aussi leur univers. La prophétie annonçant le retour de Quetzalcóatl s'était accomplie. Les anciens dieux à présent étaient morts. L'empereur aussi. La nouvelle religion n'avait qu'à prendre la place laissée vacante et c'est sans réticence que le Dieu chrétien fut accueilli et accepté par les autochtones.

Cependant, il fallut attendre 1537, et les conclusions de la fameuse « Controverse de Valladolid » menée par Bartolomé de Las Casas, pour qu'une bulle du pape Paul III accorde enfin une âme à ces indiens jusque là méprisés par la majorité des colons : « Les Indiens sont des êtres humains ». Très rapidement, on bâtit des églises et des monastères. Entre 1524 et 1536, ils seront plus de 5 millions d'Indiens à être convertis par les seuls franciscains ! Il fallait combler le besoin d'âmes de l'Eglise de Rome face à la Réforme en cours dans toute l'Europe. Dès la prise de Mexico par Cortès, on rasa tous les monuments religieux et politiques pour en récupérer les pierres et bâtir une nouvelle cité sur les fondations de l'ancienne. Il fallait détruire les traces d'un passé prétendument barbare pour bâtir un nouveau pays et bientôt une nouvelle nation. De cette époque date l'architecture de style « colonial », comme à Guanajuato ou San-Miguel de Allende qui sont des destinations de choix... Mais passons déjà par Taxco de Alarcón...

L'Eglise Santa Prisca de Taxco - Intérieur
L'église baroque de Santa Prisca de Taxco de Alarcón

« Taxco est mon péché... »

Un paradis dans les montagnes. Taxco de Alarcón est peut-être la ville la plus belle du Mexique. La ville est à 100 km au sud de Mexico. Accrochée aux montagnes et proche du ciel, la ville prospéra sur un filon d'argent déjà connu des Indiens. La ville, peuplée d'indiens Tlahuicas qui étaient sous le joug des Aztèques à l'arrivée des Espagnols, s'appelait alors Tlachco, soit « le lieu du jeu de balle », une tradition très prisée dans toutes les cités des Précolombiens. Une autre hypothèse, renvoyant aux traditions précolombiennes, et au terme tatzco, désignerait le « lieu où se trouve le père de l'eau », car à proximité de la ville se trouve les chutes immenses de la montagne Atazin.

Panoramique de la ville de Taxco de Alarcón
Panoramique de la ville de Taxco de Alarcón
Photo de Alejandro Linares Garcia

Dès 1522, Hernán Cortès qui explore le pays après avoir défait l'empire aztèque arrive dans cette région plutôt montagneuse. C'est lui qui découvrît les richesses minières de Taxco alors qu'il cherchait de l'étain pour son armement. La mine découverte par les Espagnols s'appellera le « Socavón del Rey », la « Réserve du Roi ». Au XVIIe siècle, les colons exploitèrent massivement les mines avec l'aide forcée de ces indiens Tlahuicas devenus des esclaves méprisés. La ville est véritablement fondée en 1570. Elle devient rapidement d'une richesse éblouissante voire outrageante, d'autant plus que les Espagnols désespéraient de trouver le fabuleux trésor des Aztèques (qui n'existait pas de toute façon...). Elle devint la première mine d'argent de la colonie espagnole. Aujourd'hui encore, la ville vit du commerce de cet argent comme vous pouvez le voir en visitant le marché ou les boutiques de joaillerie du centre historique.

« Dios da a Borda, Borda da a Dios » « Dieu donne à Borda et Borda donne à Dieu »

C'est un certain Don José de la Borda, vers 1740, qui fit réaliser de nombreux travaux qui donna à la ville son cachet actuel. On ne connaît pas exactement l'origine de ce La Borda mais il serait né en France, peut-être dans le Béarn. Parti faire fortune à Saint-Domingue, il arrive au Mexique à la recherche de l'or. Mais c'est de l'argent qu'il finira par exploiter aux alentours de Taxco qui etait une mine déjà exploitée par les indiens. Il accumula alors des richesses fabuleuses pour le compte de l'Espagne mais conserva des fonds pour embellir la ville, sa ville. On peut visiter sa demeure fidèlement restaurée et comprendre que cette richesse était bien réelle... Les habitants conservent le souvenir d'un ostensoir en or massif que La Borda aurait commandé et payé pour les cérémonies. On dit qu'il était recouvert de 5000 diamants ! Mais le généreux donateur l'aurait récupéré pour la revendre à la cathédrale de Mexico et assurer ses vieux jours. Il paraît que cette coupe largement déparée, se trouverait aujourd'hui à Notre-Dame de Paris. Quant au fameux La Borda, retourné en France après avoir perdu de son importance au Mexique, il fut tout simplement guillotiné en 1794 malgré tous les efforts qu'il avait consentis pour la Révolution. C'est son fils qui reprendra en main la destinée de l'église en 1759. Le complément “ De Alarcón ” aposé plus tard au nom de la ville provient du célèbre auteur dramatique de l'Age d'or, Juan Ruiz de Alarcón qui naquit dans la ville en 1580.

L'intérieur baroque de l'église Santa Prisca de Taxco - Guerrero - Mexique
L'intérieur baroque de l'église Santa Prisca de Taxco

L'église Santa Prisca est un exemple typique de l'art colonial espagnol que l'on qualifie de « Churrigueresque ». Elle fut bâtie entre 1748 et 1758, au centre de la ville nouvelle qui détrônait l'ancienne cité de Taxco, qui était déjà une mine d'or des indiens, plus bas dans la vallée. A elle seule, elle résume toute l'exubérance baroque et toute la richesse de l'endroit pour l'époque. On est toujours à la limite de la « surcharge » et il n'y a qu'en Italie que l'on trouve tant de beauté dans le détail et de maîtrise dans la réalisation. Bien que sombre, l'intérieur est un ravissement. De l'or à profusion. Malgré le temps et la poussière, le peu de lumière qui pénètre dans l'édifice s'y reflète en se transfigurant. Sur la photo, nous voyons le retable dédié à « Nuestra Séñora del Pilar ».

Les fidèles de l'église Santa Prisca de Taxco - Guerrero - Mexique
Les fidèles de l'église Santa Prisca de Taxco

C'est visiblement une des saintes les plus adorées de l'endroit. On y trouve aussi le tableau du martyr de Santa Prisca. La légende raconte que les lions refusèrent de la dévorer et qu'elle fut finalement décapitée. Dans tout le Mexicain, de vieilles femmes viennent dès l'ouverture des églises pour prier. Leur dévotion et la rumeur de leurs litanies créent une atmosphère toujours mystérieuse et authentique. Cette profonde dévotion n'est pas feinte et certains prétendent que ce sont elles, par leur foi et leurs prières, qui sauvent le monde du chaos qui le menace en permanence.

Malgré son côté un peu trop touristique, Taxco demeure une ville très attachante. C'est un endroit propice au repos. Le dimanche soir, après le départ des visiteurs de la capitale, tout redevient tranquille. Au pied de l'église, la place centrale, « le zócalo », lentement s'anime. Tout le monde s'y retrouve. On vient « caracoler », se montrer et rencontrer ses amis. On est là pour se sentir libre et serein parmi les autres (ce qui change de nos dimanches soirs en Europe !). La température devient agréable. On y entend toujours un peu de musique. Les rires de jeunes se mélangent à la rumeur des conversations. Les anciens les observent. Si l'on y prête attention, pour ceux qui parle espagnol, on remarquera que les gens ont un accent que l'on peut qualifier de méridional. Le soir, avec l'orage de l'été, les coups de tonnerre résonnent dans les montagnes environnantes et l'on pourrait croire que l'enfer n'est pas loin...

La peinture de la Vierge de Guadalupe...
L'image miraculeuse de la Vierge de Guadalupe
« Dame du Ciel, ô Reine d'Amour,
Fais-nous une place, Mère, dans ton cœur.
Ne détourne pas tes yeux de nous... »

Prière pour Santa-Maria de Guadalupe

Il existe au Mexique un culte marial très important, c'est bien sûr la vénération de la « Santa-Maria de Guadalupe », la Vierge Brune ou Noire. Le miracle est connu de tous. La Vierge serait apparue à Juan Diego en 1531, un jeune indien récemment converti, sur les hauteurs de Tepaye, près de Mexico. Elle demanda à l'indien de construire là une chapelle et de l'honorer. Pour preuve de son apparition, elle laissa une empreinte sur la cape du jeune indien : une image de son visage. L'histoire fit rapidement le tour du pays. On peut voir le vêtement devenu relique dans la basilique qui porte son nom (mais, la ferveur étant telle, les autorités religieuse ont dû faire installer, devant la châsse renfermant cette relique, un véritable tapis roulant pour que chacun puisse la voir, ne serait-ce que furtivement, et la vénérer comme il se doit !). A la suite de ce miracle devenu légendaire même au-delà du Mexique, la Vierge devint la protectrice des pauvres et des opprimés ; ce qui faisait beaucoup de monde... C'est cette image miraculeuse que l'on vénère partout au Mexique.

Aujourd'hui encore, devant son portrait, que l'on trouve dans tous les foyers aussi bien que dans les taxis ou même les avions, les femmes se signent et les hommes enlèvent humblement leur chapeau. On aime aussi se faire photographier devant son image avec le dernier-né pour que cela lui porte bonheur. En 1996, dans le métro de Mexico, une fissure dans le mur d'une des stations laissa s'échapper un peu d'eau boueuse. La tâche qui se forma pris l'apparence des traits de la sainte Vierge (effectivement et sans trop d'imagination ! L'image fit le tour du monde). La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre et l'endroit vit affluer des milliers de croyants, bloquant l'accès au métro. L'histoire prête à sourire, mais là-bas très peu se sont amusés à la tourner en dérision. Avec Dieu, ici, on ne plaisante pas...

« Le premier miracle de la Guadalupe » - Anonyme,1810, Musée de la Basilique de Guadalupe - Mexique
« Le premier miracle de la Guadalupe »
Anonyme,1810, Musée de la Basilique de Guadalupe

Pour en savoir plus sur Taxco

 

L'Office du tourisme de Taxco

www.taxco.com.mx

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