Histoire du Mexique

Les Totonaques

« Tête souriante »  - Région de Veracruz - Mexique
« Tête souriante »
Culture Totonaque, région de Veracruz

La Pyramide des Niches - El Tajín
« La Pyramide des Niches »
El Tajín

Aujourd'hui encore, les Totonaques forment le groupe le plus nombreux et le plus riche du golfe du Mexique, dans l'Etat de Veracruz. Leurs villages et les communautés que les composent conservent une grande unité culturelle et artistique. Actuellement, la ville de Papantla est leur capitale politique et religieuse. Dans les campagnes, l'activité reste tournée vers l'agriculture et l'élevage. Ils sont par exemple les grands producteurs de vanille...

Comme pour les autres peuples, l'origine des Totonaques est incertaine. Les nombreux tumulus et nécropoles souterraine que l'ont a retrouvé dans la zone de forêt vierge de l'état de Veracruz (nord-est du pays, golfe du Mexique), montrent une occupation ancienne mais qui n'a pas laissée de témoignages plus significatifs. Les premières traces des Totonaques apparaissent dans les premiers siècles, à l'époque où prospéraient encore les Olmèques plus au sud. On trouve de nombreuses similitudes, techniques et artistiques, entre ces deux peuples mais il semble que les Totonaques ont rapidement développé une culture originale qui finit par devenir brillante en quelques siècles. Autour de l'an 500-600, c'est la période classique, l'âge d'or...

Statuette retrouvée à El Tajín - Veracruz
Statuette retrouvée à El Tajín
Photo de Michel Wal

On leur doit le fameux site d'El Tajín, « la cité sacrée des morts et des tonnerres en tempête » et sa fameuse « Pyramides des Niches ». Mais rapidement, le déclin arrive. Il semble que des invasions de barbares aient désorganisé la région en peu de temps. Pourtant, l'ancienne capitale El Tajín renaît vers l'an 1000, grâce notamment à l'arrivée de migrant Toltèques, eux aussi chassés de leurs terres (près de l'actuelle Mexico) par d'autres invasions barbares. Ils vénéraient aussi le Quetzal, le « Serpent à Plumes » que l'on retrouve dans les autres légendes du centre du Mexique. Ils furent les alliés des Conquistador pendant la prise de Tenochtitlán, la capitale des aztèques. Ils nous ont laissé de nombreuses figurines représentant d'étranges têtes souriantes (qui montre déjà l'attrait morbide et la dérision féroce avec laquelle il considéraient la mort), comme celle ci-dessous, ou des dragons et des serpents magnifiques.

Mictlantecuhtli - Le Seigneur de l'Enfer - Culture Totonaque
« Mictlantecuhtli - Le Seigneur de l'Enfer »
Culture Totonaque

« Les hommes avaient un grand trou dans la lèvre inférieure,
parfois garni d'un disque en pierre veinée de bleu...
Ils avaient aussi de grands trous aux oreilles,
où étaient insérés des disques de pierre ou d'or ;
leur costume et leur langue étaient bien différents de ceux des Mexicains
qui étaient dans le camp »

Bernal Díaz del Castillo décrivant les messagers Totonaques
de Zempoala venus rencontrer Hernán Cortès

Les Totonaques sont toujours présent au Mexique notamment à Papantlán, dans la Sierra de Puebla (Etat de Veracruz). On peut les voir exécuter la fameuse danse aérienne des « voladores », les « Hommes-Oiseaux », qui demeure l'une des attractions touristiques les plus surprenantes du Mexique. La « Danza de los Voladores » qui se déroule une fois l'an, en juin, durant la fête catholique du Corpus-Christi, est la cérémonie religieuse la plus importante des descendants des Indiens Totonaques. Les impétrants (trois ou quatre jeunes indiens qui vont se révéler être de véritables cascadeurs !) commencent par monter au sommet d'un mât d'une trentaine de mètres de hauteur. Là, ils nouent une longue corde à leurs pieds et attacher l'autre extrémité de la corde au sommet du mât. Les gestes et prières rituelles réalisées, ils se jettent dans un même élan dans le vide en tentant d'amorcer un mouvement de rotation durant leur chute... Si la manœuvre est réussie et surtout si elle est parfaitement synchronisée (et c'est pratiquement toujours le cas !), leur trajectoire autour du point d'attache décrit des cercles qui les font descendre peu à peu vers le sol : il faut réaliser 13 rotations pour que la figure soit réussie...

C'est évidemment un rituel magique et symbolique. Selon leur propre mythologie, son origine remotrait au moins 450 ans. A cette époque, une grave sécheresse s'abattit sur la région et causa une immense famine... C'était une sanction des dieux qui, mécontents de voir que les hommes ne les honoraient plus comme il se doit, prirent la décision de retenir la pluie pour les punir. La cérémonie des voladores fut alors créée pour impressionner les dieux qui, satisfaits de ce geste de soumission et de respect, laissèrent la pluie retomber sur les terres de leurs ouailles.

On peut y discerner aussi les traces des anciennes croyances aztèques et on sait que ces glorieux et puissants voisins étendaient leur influence jusqu'à cette région. Effectivement, leur calendrier fonctionnait selon un cycle de 52 années, divisé en 4 périodes de 13 années chacune, au bout desquelles un nouveau monde voyait le jour... On peut voir dans la « danse » de ces hommes-volants une « image » de ce cycle des 130 années, le rituel clôturant un nouvel et célébrant une nouvelle ère. On peut aussi penser que ces hommes symbolises la pluie qui fertilise la terre, ou comme les rayons du soleil...

Préparation à la danse des « Voladores » à Papantla
Préparation à la danse des « Voladores » à Papantla
Photo de Spyridoula Della Photography

Les interprétations à ce rituel si étrange et si spectaculaire sont nombreuses et il est probable que plusieurs soient valables. On sait qu'il ne se déroulait à l'origine que tous les 13 ans, mais il semble que le sens de cette mise en scène symbolique soit le fruit d'apports culturels multiples. N'est-il pas simplement l'affirmation de ces jeunes totonaques fiers de montrer que, comme le dieux, ils peuvent voler dans le ciel... Selon l'ethnologue Walter Krickeberg, il faut s'imaginer les « voladores » comme « des guerriers et des sacrifiés, qui, selon les croyances indigènes, revenaient sur la terre sous la forme d'oiseaux et des papillons pour goûter le nectar des fleurs après avoir rendu hommage au Dieu-Soleil. Stresser Péan pense au concept cosmologique indigène au considère le ciel comme une divinité masculine dont l'essence est le feu, et la terre comme un être féminin dont l'essence est l'eau et le froid ; de leur union dépend toute la fécondité. Au sommet du mât, un danseur évoque les Dieux célestes en jouant de la flûte d'une main et en tapant sur un petit tambour de l'autre. Avant de grimper au mât, il joue à l'intérieur d'une église pour honorer le Dieu chrétien. Les « voladores » sont les messagers du ciel chargées d'apporter à la terre la semence de ce Dieu fécondateur (le ciel) d'où s'échappent les rayons du soleil, qui sont sa forme visible » (Gérard Krémer).

Incontestablement originale et remarquable, la célèbre « danse des voladores » com été inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO en 2009.

« Les Voladores » - « Les Hommes Volants »
« Les Voladores » - « Les Hommes Volants »

Un recensement réalisé en 2005 faisait état de 230000 personnes parlant encore aujourd'hui la langue des Totonaques qui occupent un vaste territoire situé à cheval sur les États d'Oaxaca, de Veracruz et de Puebla.

Pour en savoir plus sur les Totonaques

Sur Wikipedia

fr.wikipedia.org/wiki/Totonaques

fr.wikipedia.org/wiki/El_Taj%C3%ADn

La danse du volador

https://fr.wikipedia.org/wiki/Danse_du_volador

Ecouter la musique évoquant les « Voladores » :

« Danza de Los Voladores » (Mp3 - 1,38 Mo)

Pour en savoir plus sur les autres civilisations précolombiennes

« L'histoire du Mexique »

« Les Olmèques »

« La culture de Teotihuacán »

« Les Chichimèques »

« Les Mixtèques »

« Les Toltèques »

« Les Zapotèques »

« Les Mayas »

« Les Aztèques »