Histoire du Mexique

Les Toltèques

« Les maîtres bâtisseurs »

L'un des Atlantes de Tula
L'un des Atlantes de la cité de Tula
Photo d'Alain Secretan

Les ruines de la cité de Tula se situent à 80 km au nord de Mexico. Aux alentours de l'an 1000, Tula était la capitale mythique des Toltèques, un peuple de guerriers venus du nord et dont nous ne connaissons guère les origines, pour conquérir de nouvelles terres et qui fonda là sa capitale, sous le règne de leur chef dénommé Mixcoátl. Ces envahisseurs dont l'origine est certainement Chichimèque (terme qui désigne un ensemble assez large de groupes nomades qu'une tribu ou une ethnie précise). Ce sont donc les descendants de ces barbares qui accoucheront pourtant d'une culture à la vie et aux mœurs raffinées d'après les légendes et vestiges qu'ils nous ont laissés comme à Tula. Dans les légendes nahuatl, ces Toltèques seraient à l'origine de toute les civilisation (c'est pourquoi on les nomme « les artistes » ou « les maîtres bâtisseurs ». Les Aztèques, pour affirmer leur supériorité, se sont donc prétendus être leurs descendants directs.

Tula, la capitale des Toltèques
Tula, la capitale des Toltèques

Leurs emblèmes sont l'aigle et le jaguar, qui symbolise les hauts plateaux du centre et la plaine côtière du golfe où ils étendirent leur influence. Ils passent pour avoir inventé la peinture et l'art de la fresque, la sculpture, la poésie et donc d'avoir été les premiers à avoir su maîtriser l'écriture. Il faut bien sûr modérer la vision d'une culture naissante, venue de nulle part, et déjà maîtresse d'elle-même. Les archéologues ont montré que la réalité était bien plus complexe et que, de tout temps, les différentes cultures de l'Amérique centrale se sont rencontrées, combattues, associées, mélangées... Toutes ces cultures n'ont d'ailleurs pas toujours laissé de traces tangibles. Le régime politique était féodal et les conflits fréquents. Lorsque les Toltèques arrivèrent à Teotihuacán, suite à leur migration, et pour nous vers l'an 1000, la cité était déjà abandonnée depuis près de trois siècles... On ne sait quelle guerre ou cataclysme a pu vider l'endroit de tous ses habitants. On a retrouvé récemment les traces d'un grand incendie dans la cité. Les Toltèques ont investi une ville fantôme et très vite lui ont redonné vie. Ils reconstituèrent en partie l'héritage de ces ancêtres prestigieux dont ils ne savait presque rien. Ils fondèrent leur nouvelle capitale, Tula, 50 Km plus au nord-ouest, et, en deux siècles, bâtirent un empire puissant s'étendant sur tout le centre du Mexique.

Le Jaguar dans le Temple de Tlahuizcalpantecuhtli dit « Le Seigneur de l'aube »
Le Jaguar dans le Temple de Tlahuizcalpantecuhtli
dit « Le Seigneur de l'aube »

L'histoire se répète... Plus tard, les Aztèques imiteront leur culture. Leur religion aussi. C'est d'eux qu'ils tiennent la croyance en « Quetzalcoátl ». Ce Dieu qui traverse toute la mythologie précolombienne et qui semble avoir vraiment existé : on pense qu'il s'agit du fils de Mixcoátl qui, devenu le maître spirituel des Toltèques, repris le nom de ce dieu déjà vénéré depuis des siècles mais sans importance particulière et qui par sa propre histoire, funeste d'ailleurs, fit renaître la légende du « Serpent à Plume » en créant involontairement la confusion dans l'esprit de ses contemporains. Renversé par ses ennemis qui adoraient des dieux sanguinaires, il dû s'exiler et se retrouva finalement dans le Yucatán où il fut accueilli puis vénéré, là aussi, par les Mayas... On peut le considérer comme une sorte de Bouddha ou de Jésus Christ qui réussit à focaliser sur lui toutes le respect et toutes les craintes de ses contemporains. Un mythe : il eut plusieurs vies... Et il a déjà détruit quatre fois ce monde ! Et la cinquième est proche... La comète de 1519 annonçait-elle son retour ? On le vénère surtout pour le don qu'il fit aux hommes de l'âme et de la morale. C'est en son honneur que les Toltèques systématisèrent le sacrifice humain car c'est lui qui régénère la nature, qui règle le cycle des saisons, qui permet la vie de la communauté. Il fallait l'honorer dignement en lui offrant le seul breuvage qu'il réclamait... le sang humain.

Il faut citer aussi la ville de Cacaxtla près de Puebla, relais actif des échanges entre les Toltèques et les cités Mayas du Yucatán. On sait que sa richesse lui permettait d'entretenir un grande armée dont de nombreuses peintures représentent les plus fameuses batailles comme pour cette représentation du chef de la tribu des Oiseaux-Guerriers, qui, tombé en disgrâce après sa défaite, se mutile volontairement le visage devant ses vainqueurs...

« Atlante » - Culture Toltèque - Post-classique récent 1200-1521 ap. J.-C. - Région de Tula
« Atlante »
Culture Toltèque - 1200-500 av. J. C.
Sculpture de pierre retrouvée à Tula

 

« Les Atlantes » - Cité de Tula - Hidalgo - Mexique
« Les Atlantes » - Cité de Tula
Photo de Rafael Aparicio
« Dans la zone archéologique de Tula, il y a quatre Atlantes, dont trois sont originaux. Le quatrième exemplaire original est exposé dans le musée et montre l'imagerie toltèque classique : une rigidité manifeste du corps qui permet cependant d'apprécier le vêtement et l'iconographie des anciens guerriers toltèques. »

Stephen Castillo Bernal - Conservateur-chercheur au MNA

Les Atlantes de Tula sont quatre géants de pierre de plus de 4 mètres de haut alignés côte-à-côte et installés sur la terrasse d'une pyramide basse à quatre degrés, un « Teocalli », auquel on accède par un escalier monumental. Bien que la fonction principale de ces Atlantes semble purement architecturale, ils sont probablement les guerriers mythiques d'« Aztlán », la Cité-Mère, dont on a pu croire un temps qu'elle faisait référence à la fameuse Atlantide. La similitude des deux mots paraît troublante. Le site de Tula est étonnant de beauté d'autant plus qu'il est assez rares de trouver des représentation humaines d'une telle importance. Les statues, qui n'étaient donc que des piliers supportaient les superstructures d'un temple immense entouré d'une ville dont il ne reste plus rien. On imagine à peine la richesse des autres œuvres qui devait s'y trouver. Pendant plus de vingt ans, l'archéologue Jorge Ruffier Acosta s'est consacré à l'étude, l'exploration et la reconstruction d'une grande partie de la zone archéologique actuelle de Tula (État de Hidalgo). Il a surtout été le découvreur des Atlantes en 1941.

A noter : des quatre Atlantes que l'on voit sur le site trois sont les originaux et le quatrième est exposé dans le musée tout proche. Ces statues munomentales et emblématiques de la culture toltèque montre une imagerie toltèque classique : malgré la rigidité manifeste des corps qui permet cependant d'apprécier le vêtement et l'iconographie des anciens guerriers toltèques. Ces éléments sont constitués de la coiffe cylindrique, du pectoral en forme de papillon stylisé, du tezcacuitlapilli ou disque dorsal orné de serpents de feu. Un ensemble d'armes telles que le lanceur de flèches, une arme en bois courbée, des fléchettes et un couteau-lance complètent l'harnachement. Enfin, le guerrier porte un maxtlatl, sandales ornées de serpents et oreillettes rectangulaires. On sait aujourd'hui que ces géants étaient décorés de divers pigments de couleurs vives et notamment du rouge dont on a retrouvé quelques traces.

Jorge R. Acosta devant la statue « Atlante » à Tula en 1941 - Photo D.R. - Photothèque nationale du Mexique - INAH
Jorge Ruffier Acosta devant la statue d'un « Atlante » récemment découvert en 1941
Photothèque nationale du Mexique - INAH (Photo D.R.)

Comme pour Teotihuacán, la cité domina toute la vallée de Mexico et comme Teotihuacán, la cité fut envahie et détruite au XIIe siècle, par des barbares venus du Nord. On sait aujourd'hui que la ville fut brûlée et abandonnée. On voit que l'histoire est cyclique, un éternel recommencement comme ils le croyaient eux-mêmes. On réalise aussi que ces peuples vivaient dans un équilibre précaire. Comme le montre d'autres sites plus récents comme Copán, au Honduras ou Bonampak pour les Mayas, ces cultures pouvaient littéralement disparaître en peu de temps, détruites ou exilés. Des empires pouvaient disparaître en quelques années pour peu que leur organisation très hiérarchisée soit perturbée. On reste surpris et perplexe face à une telle fragilité. Plus tard, une sombre tribu plus belliqueuse reprendra le flambeau...

« Chacmool » - Représentation un dieu toltèque - Mexique
L'un des sept « Chacmools » retrouvé complet à Tula
Représentation un dieu toltèque

Trois siècles après, par une ironie de l'histoire qui nous montre que chacun doit attendre son heure, les Aztèques, qui se prétendaient les fiers descendants des Toltèques, auront oublié qu'ils avaient d'abord été battus et soumis par ces mêmes Toltèques. Ils leurs doivent presque tous les raffinements de leur culture, système politique et religieux compris, et ils ont su perpétuer à leur manière leur art et leur architecture, à tel point que le mot « toltèque » sera le nom qu'ils utiliseront communément pour désigner « un artiste ». Étrange culture, étranges barbares ; capables de commettre les pires sacrifices humains pour des dieux cruels mais pour qui, dans le même temps, ils écrivaient les plus beaux poèmes des civilisations précolombiennes...

Vase d'argile « orange-ware » - Représentation un dignitaire toltèque - Mexique
Vase d'argile « orange-ware »
Représentation un dignitaire toltèque
Musée américain d'histoire naturelle

Pour en savoir plus sur les Toltèques

Sur Wikipedia : « Les Toltèques », « Art toltèque » et « Tula »

A propos des Atlantes de Tula : « Atlante de Tula » sur le site de l'INAH (es.)

Une vidéo sur la chaîne d'Arcana (Youtube) : « Chichén Itzá et l'empire des Itzás »

L'article de Sanderson Beck : « Mayans, Toltecs, Aztecs, and Incas » (en.)

Pour en savoir plus sur les autres civilisations précolombiennes

« Le Peuplement de l'Amérique »

« L'histoire du Mexique »

« Les premiers Mexicains »

« Les Olmèques »

« La culture de Teotihuacán »

« Les Chichimèques »

« Les Mixtèques »

« Les Totonaques »

« Les Zapotèques »

« Les Mayas »

« Les Aztèques »

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