Artistes mexicains

Rufino Tamayo

Rufino Tamayo

Oaxaca 1889 - Mexico 1991

« La chose fondamentale dans l'art, c'est la liberté »

Le peintre Rufino Tamayo est né en 1899 dans le sud du pays, à Oaxaca, et il est d'origine zapotèque. De son enfance, il gardera le souvenir des légendes indiennes et d'histoires fantastiques que l'on se transmet au Mexique de génération en génération. Sa famille s'installe à Mexico en 1907. Médiocre élève, il s'intéresse cependant à la peinture et suit les cours du soir (1915-16). Sa tante énervé de le voir sans griffonner le fait travailler comme vendeur de fruit mais il ne peut s'empêcher d'aller au Musée Nationale de Mexico pour dessiner les trésors archéologiques qu'elle renferme et particulièrement les œuvres des précolombiens. Elles le fascinent et il s'y intéressera toute sa vie. Il parvient à s'inscrire à l'école Nationale des Arts Plastique « San Carlos » de Mexico qui est l'école de peinture la plus réputée de son époque et où il côtoiera Frida Kahlo (1917-18). Il devient professeur de peinture en 1926 et peut enfin exposer à Mexico. Il parvient aussi à exposer à New-York où son style trouve un écho favorable auprès du public et des critiques. Il ne cessera d'y retourner jusqu'à la fin de sa vie. Son tableau « les Messagers du vent » (1928) rappelle encore son ami Diego Rivera et son réalisme qui le marquera durablement. Il expérimente aussi le cubisme sans y trouver ce qu'il cherche. Il tente de s'intégrer au mouvement muralistes qui n'a pas encore trouvé de reconnaissance officielle mais qui s'engage politiquement. Lui ne s'intéresse pas à la politique. Il sent qu'il est trop indépendant pour s'engager davantage à leurs côtés.

« Autoportrait », peinture de Rufino Tamayo - 1967 - Mexique
« Autoportrait » (1967)

Même si ses toiles ont souvent été raillées par ses contemporains, et notamment par les muralistes qui les traitent de ridicules, on ne peut que constater la puissance de son œuvre, qui dénote dans le paysage artistique mexicain. Siqueiros qui n'était pas toujours très délicat l'avait prévenu : « Notre voie est la seule ». Il trouve cependant son public. Il réalise alors la fresque de l'Ecole Nationale de Musique à Mexico (1933), en droite ligne de ce que réalise Diego Rivera. Les années 40 marquent un tournant décisif : il trouve son style et surtout sa thématique qui se démarque alors de celle des autres artistes plus politique comme David Alfaro Siqueiros et José Clemente Orozco (les muralistes et leur peinture « sociale et revendicative »). Il se détourne des préoccupations sociales et de l'actualité pour retrouver la dimension onirique et fantastique de l'art : ses références deviennent Picasso et Juan Miró, mais il puise aussi dans le vaste héritage précolombien, chargée de légendes et d'animaux mythologiques (« Chien hurlant »,1942 et « Le Chien Blessé », 1989). Ce faisant, il rompt avec les « Trio des muralistes ». En fait, il vise à une certaine « universalité », sans temps, sans espace : c'est le philosophe de la bande. Dès les années 40, sa renommée devient internationale et il est expose régulièrement à New-York, Paris, Buenos Aires, Houston, et même jusqu'à Tokyo. L'art mexicain et ses expériences réussies, reconnues à l'étranger, semble devenir mûr : il peut enfin se diversifier. Tamayo en est le meilleur exemple.

« Femme », peinture de Rufino Tamayo - 1979
« Femme » (1979)

Il réalise des fresques de commande à Mexico, au Palais National (1952), aux états-Unis, à Houston (Bank of the South West, 1955), à la Bibliothèque de Porto Rico (1957), et surtout les fresques du Palais de l'UNESCO à Paris en 1958. A Paris, en 1957, il est très bien accueilli par la critique européenne et l'apparition d'un nouveau marché jusque-là dominé par les américains. Il diffuse sa technique : il peint avec de la peinture vinyle (produit américain nouvellement mis sur le marché), qui lui permet d'obtenir une matière épaisse et brillante, inconnue jusque là. Il utilise aussi du papier spécial, fabriqué artisanalement pour obtenir un support convenant aux effets en relief qu'il crée. Il participe à l'invention (brevetée) de ce nouveau procédé dit de « Mixographie ».

Il reste fidèle à Picasso ( « Chien Blessé », 1989) et sa force expressive mais en explorant sans cesse les possibilités de l'abstraction, de la couleur et des effets de texture. Il finit par créer un univers entier peuplé de personnages étranges mais toujours sages et attentionnés. Ses toiles représentent souvent des bonshommes dépouillés à l'extrême ( « Homme à la Pipe », 1975, « Femme », 1979, « Homme en Rouge », 1976, « Homme au Bâton », 1980), ainsi que des portraits réalisés d'un trait parfois enfantin et géométrique. Il saisit aussi ces instant furtifs, insolites et simples, et universels, qui montrent la beauté du monde à travers ces petits épisodes, souvent pris sur le vif, de la vie quotidienne (« Personnage et Oiseaux », « Homme bleu sur fond gris » ). Les couleurs sont chaudes mais jamais vives. Des toiles, plus « personnelles », reprennent souvent des thèmes chers à l'art mexicain comme l'oiseau, « Le Soleil et la Lune » (Musée National d'Art Moderne de Paris,1950). Il travaille aussi pour Musée National d'Archéologie où il a tout le loisir d'étudier et de dessiner les plus belles pièces de l'art précolombien. En 1964, élevé à la dignité nationale, il recoit le Grand Prix National des mains même du président mexicain. Agé et gravement malade du cœur, il décède d'une crise cardiaque en juin 1991.

 

« Le Soleil et la Lune » par Tamayo (1990)

« Le Soleil et la Lune » - 1990

 

« La Grande Galaxie » par Tamayo (1978)

« La Grande Galaxie » (1990)

« Si je pouvais dire en un seul mot ce qui distingue Tamayo des autres peintres,
je dirai, sans hésitation, “le soleil” car le soleil est dans chacune de ses toiles,
que vous le voyez ou non.»

Octavio Paz

 

Du côté « officiel », ses récompenses sont nombreuses et internationales : Prix de la Biennale de São Paulo (1953), la Biennale de México (1960), la Bourse d'étude du Musée Guggenheim de New-York(1960), la Medaille Belisario Domínguez (1988), entre autres... En 1974, un musée, situé dans une modeste maison du XVIIIe siècle, réunissant les œuvres précolombiennes collectées par Tamayo lui-même et léguées à l'Etat régional, fut inauguré à Oaxaca, sa ville natale : le « Musée d'Art préhispanique » dit « Musée Tamayo ». Ils regroupent une impressionnante collection d'œuvres d'art et d'objets provenant de toutes les grandes civilisations précolombiennes que Tamayo lui-même avait collecté tout au long de sa vie et qui sont aujourd'hui magnifiquement présentés par le conservateur Fernando Gamboa. Mais vous n'y verrais pas beaucoup de ses propres œuvres qui se trouvent aujourd'hui dispersées dans de nombreux musées internationaux. Il existe aussi un musée Rufino Tamayo à Mexico, dans le parc de Chapultepec. L'endroit est toujours agréable. Le musée conçu en 1981 par Abraham Zabludowsky et Teodoro González de Léon regroupe les œuvres léguées par Tamayo et sa femme Olga. On peut y voir de nombreuses œuvres d'artistes sud américains contemporains dont Fernando Botero, Francisco Toledo, Robert Motherwell, ainsi que des Picasso et des Miró. Aujourd'hui encore, on reste surpris par la force et l'originalité de son œuvre. Ses peintures de chevalet ou ses fresques murales se retrouvent en bonnes place dans les plus grandes galeries d'art contemporain et suscite toujours autant d'engouement auprès d'un public averti.

Bébé Olmeca - Rufino Tamayo...

« Bébé Olmeca »

Au Palais des Beaux-arts de Mexico, on peut aussi voir deux tableaux : « Mexique d'aujourd'hui » et « Naissance de la Nationalité ». A New-York, au Museum of Modern Art et au Musée Guggenheim, où une exposition rétrospective baptisée « Myth and Magic » lui fut consacrée en 1979. Il est présent aussi dans la Philips Collection de Washington, au Musée d'Art moderne de Paris, à Madrid... On a pu le voir aussi à Paris lors de l'exposition « Soleils Mexicains » en 2000.

 

« On ne peut pas dire que Tamayo s'exprime beaucoup dans ses oeuvres.
On peut voir qu'il a peint ce qu'il ressentait et qu'il préférait le silence,
se contentant de donner aux signes, aux formes et aux couleurs un rôle rythmique essentiel.
Ses peintures sont comme des symphonies musicales
dont les notes seraient les touches de rouge, des bleus fonçés, d'orange et de mauve,
d'où naissent tous ces symboles qu'il sera pour longtemps difficile à déchiffrer. »

Extrait de l'article consacré à Tamayo sur le site ArtCult.com

Rufino Tamayo en plein travail...

Rufino Tamayo

Une toile du peintre mexicain Rufino Tamayo a été vendue un million de dollars
au cours d'une vente aux enchères consacrée à l'art latino-américain chez Sotheby's.
Le tableau avait été retrouvé au milieu de sacs poubelles par une New-Yorkaise en 2003 !

« Trois Personnages » - « Tres personajes » peinture de Rufino Tamayo - 1970
« Trois Personnages » - « Tres personajes » (1970)

Cette peinture typique du peintre métis mexicain nommée « Trois personnages » (« Tres personajes » ) reprend un thème assez habituel chez lui : des silhouettes humaines extrêmement stylisées, composées de couleurs vives et sombres à la fois, « fixent » le spectateur dans un silence hypnotique. La toile évaluée entre 750000 et un million de dollars a finalement été vendue plus d'un million de dollars à un acheteur anonyme à l'issue des enchères chez Sotheby's consacrées à l'art latino-américain. Il faut dire que cette toile avait été l'objet d'une folle aventure : volée en 1987 à un couple de Houston qui l'avait dix ans plus tôt, un enquête de longue haleine n'avait pas permis de la retrouver. August Uribe, expert de Sotheby's, avait poursuivi sa recherche alertant les médias et passant même sur plusieurs émissions américaine de grandes écoute, dont la célèbre "chefs d'oeuvre disparus" de la chaîne publique PBS, pour présenter la toile et retrouver des témoignages susceptible de l'aider dans sa quête. Sans résultat jusqu'à ce jour de 2007 où le flair d'Elizabeth Gibson se révéla payant : elle gagne une prime de 15000 $ et un pourcentage de la vente de la toile... A méditer, lorsque vous croiserez un tas de sacs poubelle !

« Le Troubadour » (1945)

« Le Troubadour » (1945)

« Homme avec un Sabre » (1980)

« Homme avec un Sabre » (1980)

Tamayo devant une sculpture... Zapotèque...

En savoir plus sur Rufino Tamayo

« L'Histoire de l'Art Mexicain »

« L'Exposition Soleils Mexicains »

Le Musée Tamayo :

Le Musée TAMAYO

Le musée Tamayo : www.museotamayo.art/ (es./en.)

Des reproductions des œuvres de Tamayo : www.artnet.fr/artistes/rufino-tamayo (fr.)

L'article de Wikipedia (version française) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Rufino_Tamayo (fr.)

L'article de Wikipedia (version anglaise) : http://en.wikipedia.org/wiki/Rufino_Tamayo (us.)

Sur Pinterest : https://fr.pinterest.com/beritjaramaesta/rufino-tamayo/

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