Les Olmèques

La tête colossale n°6 de San Lorenzo - Symbole de la culture Olmèque - Musée national d'anthropologie de Mexico

A l'origine des premières civilisations mexicaines...

Vers -2400 ans, les manifestations d'une nouvelle culture apparaissent le long des côtes du golfe du Mexique, à l'est donc, dans l'actuel état de Veracruz, pour s'épanouir vers l'an -1200. Une culture qui adorait le Jaguar, symbole solaire, et qui deviendra plus tard la fameuse civilisation fondatrice des Olmèques qui atteindra son apogée vers -1000.

La période Pré-Classique commencera alors et l'on peut dire qu'il s'agit à ce moment-là d'une véritable révolution culturelle qui se produit sans que l'on puisse bien en définir les causes : il reste une grande part de mystère dans cette culture qui marquera pendant longtemps, jusqu'à la Conquête, toute la mésoamérique. Les Olmèques nous ont laissé, notamment sur les sites religieux de La Venta, San Lorenzo, de la Laguna de los Cerros ou de Très Zapotes, tous dans l'état de Veracruz, ces fameuses têtes sculptés, colossales et sereines, et aux traits que l'on a longtemps cru négroïde. Pesant parfois près de 10 tonnes pour plus de 2 mètres de haut, comme celle numérotée 6 ci-dessus, la pierre volcanique dont elles sont faites provient d'une carrière située dans les monts de Tuxtla à plus de 100 km de l'endroit où on les a acheminé...

La pyramide de la Venta
La pyramide de la Venta

Le site (cité ou sanctuaire ?) de la Venta, fondé entre 1200 et 600 avant notre ère, fut un lieux de culte et de pèlerinage très actif mais ce n'était pas une véritable ville. Comme pour tous les sites de cette époque, on ne connaît le nom que lui donnait ses occupants et on lui a donné le nom du village actuel le plus proche... Là, et ailleurs, on retrouvé et exhumé des espaces publics impressionnants et à de vastes plates-formes en terre, préfigurant les futures pyramides, ainsi que terrains servant au jeu de bal cérémoniel et des organisations de structures faisant référence à des calendriers astrologiques élaborés (les bâtiments sont orientés sur les points cardinaux et notamment l'allée centrale vers le nord) et tout cela sur une superficie de plus de 2 km². Les habitations « en dur » étaient quasiment absentes et même si les archéologues ont pu mettre à jour les traces d'une pyramide d'une taille déjà respectable pour l'époque. (Pour le site de Très Zapotes, plus de 160 monticules, plateformes et structures similaires ont été identifiés sur une superficie de plusieurs kilomètres carrés...). D'un autre côté, il semble que rien ne subsiste de la cité profane qui devait être construite en matériaux périssables. Découvert en 1925, mais considérée comme maya, le site ne fut vraiment reconnu comme à part que dans les années 30. Les archéologues américains qui explorèrent le site dont notamment Matthew Stirling ont cependant retrouvés des vestiges et des fondations de bâtiments de grande taille. Il semble que vivaient là une caste religieuse, un clergé ayant réussit à étendre son pouvoir sur les communautés paysannes des alentours et qui pouvait en retour les entretenir. On soupçonne même qu'elles devaient sûrement payer tribut. Cela, semble-t-il, sans violence mais plus dans un mouvement religieux de participation volontaire aux mystères et aux secrets que connaissaient ces prêtres et qui les servaient en retour (divination, prévisions des saisons, éloigner les catastrophes naturelles dans une région difficile...).

Figurine Olmèque
Figurine Olmèque

A noter que le site, en péril suite à la découverte d'un champ pétrolifère dans les années 50, est désormais devenu une zone archéologique protégée où l'on peut déambuler au milieu des œuvres monumentales encore en place (même s'il faut avouer qu'il s'agit de copies...).Cette forte influence culturelle et surtout religieuse se répandit dans les populations semi-nomades plus lointaines qui peuplaient cette région tropicale relativement austère. N'oublions pas que tous les peuples amérindiens qui viendront par la suite seront des croyants fervents et des pratiquants disciplinés, et que les Olmèques ont probablement été les premiers à connaître et diffuser un pouvoir théocratique fort et érudit.

« Autel 4 » - Vestige de mausolée sur le site de la Venta
« Autel 4 » - Vestige de mausolée sur le site de la Venta

A noter sur cet étonnant mégalithe sculpté qui a très probablement servi d'autel rituel,
la corde qui enserre le monument et qui est tenu par la semi-divinité.
Au dessus, les traits d'un animal féroce, yeux grands ouvert et crocs acérés
qui est donc en train de dévorer littéralement le personnage...

Mais précisons les choses. En fait, ils ont dû être les premiers à s'intéresser à l'astronomie, comme le laisse supposer certaines stèles gravées que l'on a retrouvé et qui portaient les signes d'un « comput », d'un décompte des événements naturels et célestes. Un calendrier en somme qui devaient sûrement être ce savoir sacré qu'ils répandait auprès des agriculteurs et qui devait, peut-être, déjà régler le rythme des récoltes. Une telle science ne devait pas manquer de procurer un grand pouvoir à ces premiers prêtres sur des populations qui vivaient de manière assez précaire...

« Ils pouvaient enfin dompter le temps...»

Le seigneur de Las Limas (Musée de Xalapa)
Le seigneur de Las Limas (Musée de Xalapa)
Photo de Mag2017

On a retrouvé une multitude de statuettes sur tout le territtoire des anciens Olmèques... Elles sont immédiatement identifiables par leurs aspects et leurs registres... Il suffit de regarder la figurine ci-dessus - le célèbre et iconique « Señor de Las Limas » - pour constater qu'il s'agit très souvent de scènes représentant la pratique d'un culte, et l'on entre alors dans le dramatique et le mystère : est-ce là des hommes, est-ce des Dieux ? Un art religieux, rien d'étonnant en fait pour cette époque, partout dans le monde, c'était le cas. On ne sait plus rien de cette mise en scène, de ce rituel oublié et désormais figé pour l'éternité à travers ces statues si fortes et si étranges, restant l'un des rares cas connus de ce type de pratique en Amérique centrale. On remarquera aussi leurs tatouges et surtout leurs crânes allongé (héritage génétique ou déformation volontaire ?), signe distinctif que l'on retrouvera constamment ensuite jusqu'à la civilisation des Mayas qui réserverons cette pratique aux seuls nobles (là, on sait que cette déformation était volontairement pratiquée sur les enfants en bas-âge - mais ne trouve-t-on pas ce genre de pratiques en Chine, en Birmanie ou en Afrique encore aujourd'hui...).

 

Statue olmèque représentant un enfant...
jadéite
Photo issue du Walters Art Museum

On a retrouvé de nombreuses figurines creuses représentant des personnages assis ressemblant souvent à des enfants ou des nourrissons comme celui-ci qui est quasiment de taille réelle (30 cm de haut). Ces petites statues remarquables par leur façonnage et leur expressions sont uniques et typiques de l'art olmèque. La plupart de ces œuvres étonnantes proviennent de dépôts funéraires et ont été souvent intentionnellement brisées, geste que l'on pratiquait avant l'enterrement des défunts dans des caches rituelles. On pense aussi que ces statuettes auraient pu servir de substitut aux sacrifices de nourrissons ou, lorsqu'ils sont trouvés dans des sépultures pour adultes comme des symboles d'une renaissance spirituelle. D'autres ont des glyphes symboliques sculptées, incisées ou peintes sur leurs têtes ou leurs dos. Pour ce cas ici, le glyphe incisé et peint en haut derrière sa tête a été associé au dieu du printemps et de la renaissance. Le motif ressemble également à l'icône « quatre points et bar », interprétée comme un schéma de la cosmologie olmèque. On trouve aussi assez fréquemment le glyphe représentant le dieu du maïs, lui aussi omniprésent dans les cultures précolombiennes.

Beaucoup de ces figures sont en position assise avec les jambes tendues, avec un bras levé ou même carrément en gesticulant. Représentés avec une bouche charnue légèrement ouverte et des yeux bridés, et surtout sans organes génitaux, ces statuettes énigmatiques semblent manifestement rejeter l'adulte qui le regarde, et donc plus généralement la condition humaine, et dénote en retour une forme de spiritualité qui nous défie et restera à jamais hors de portée. D'autres personnages tiennent une dépouilles dans leurs bras, avec un visage inexpressif, comme hébété... La position assise et le répertoire limité de postures représentés suggèrent peut-être aussi des exercices de méditation et donc la gestuelle d'un chaman dans l'expérience de son voyage spirituel. Ces pratiques chamaniques de transformation spirituelle survivent encore aujourd'hui et notamment chez les Huichols du nord du Mexique. En tout cas, ces personnages non sexués, enfants ou adultes, sont relativement communs dans l'art olmèque, aussi bien dans les versions monumentales sculptées en pierre volcanique que dans le cas de miniatures modelées en argile.

« Le Lutteur » - Statuette olmèque
« Le Lutteur » - Statuette olmèque
Photo de Luidger

A cette époque, la population vivant sur la côte est du Mexique ne devait pas être très nombreuse et, pourtant, il a bien fallu de nombreux bras pour transporter ces fameuses pierres volcaniques - du basalte - avec lesquelles les artistes olmèques ont sculptés ces statues colossales que l'on a retrouvé un peu partout dans la forêt profonde qui existe aujourd'hui : pensez qu'elles pèsent en moyenne 10 tonnes (la plus grosse 30 !) et qu'elles proviennent d'un gisement volcanique situé avec certitude à 130 km de là ! Mais après tout, l'archoelogie a montré qu'en Europe, les hommes étaient capable de tels exploits...

Outre cet exploit, ils ont été les premiers à avoir sculpté le jade (pierre semi-précieuse que l'on retrouvera constamment dans les cultures postérieures), représentant souvent leur dieu fétiche : l'enfant-jaguar. On constate surtout que les jaguars occupent alors dès cette époque une place importante dans leur univers mental car ils croyaient que dans le passé des origines qui est leur mythologie, une union entre une femme et un jaguar avait produit une race supérieure d'« yu-jaguars » dont ils seraient les descendants. D'ailleurs, vu la diffusion de ces figures mythologiques dans cette région (des jaguars mais aussi des serpents, des alligators ou des oiseaux de proie), on en déduit qu'ils ont su créer de vastes réseaux commerciaux pour faciiter la circulation des ces objets auprès de leurs voisins et affidés.

Masque cérémoniel olmèque en jadéite
Masque cérémoniel en jadéite
Collection du Metropolitan Museum of Art de New York
« Les représentations que les Olmèques ont laissé d'eux-mêmes et de leurs dieux
revêtent des airs de masques ou les traits d'un jaguar grimaçant ;
hiératiques et sibyllines, elles apparaissent comme le reflet d'une communauté sociale obnubilée
par les puissances d'une religion ténébreuse ».

On trouve aussi de nombreux masques de petite taille en serpentine (pierre à la teinte verte elle aussi) et tout aussi finement ouvragée, masque miniature qui était probablement porté autour du cou comme pendentif, comme celui ci-dessous (d'une taille de 13 x 11,3 x 5,7 cm et portant des glyphes incisés), et qui pouvait peut-être donner à son porteur une nouvelle identité, peut-être celle d'un ancêtre ou d'un dieu, ou en tout cas un pouvoir magique qui lui permettait de transcender sa nature purement humaine.

Masque cérémoniel en serpentine olmèque
Masque cérémoniel en serpentine olmèque
Photo de Einsamer Schütze

Le plus important est le fait qu'ils sont les premiers à nous avoir laisser une écriture basée sur des glyphes qui seront ensuite repris par les autres civilisations mésoaméricaines. Tout aussi important, ils élaborèrent au fil du temps et de leur expansion culturelle un calendrier complexe et une écriture qui seront repris par leurs successeurs Mayas et une grande partie des peuples mésoaméricains qui auront leur heure de gloire par la suite. Ils sont, si l'on peut dire, les véritables ancêtres des Mexicains et on peut même affirmer qu'ils ont posé les bases solides d'un avenir prometteur...

Jonathan Norton Leonard

Pendant de forme humaine en jade olmèque
Pendant de forme humaine en jade olmèque

La culture olmèques disparaîtra définitivement vers le Ve siècle avant J.-C. avec la destruction de la cité de La Venta sous l'action d'un grand cataclysme dont on ne connaît pas l'origine (un tremblement de terre ? Une sècheresse durable ? Une épidméie ?). La population qui subsista finit par émigrer vers d'autres régions plus clémentes et répandit sur son passage les graines des futures et brillantes civilisations qui allaient apparaître bien plus tard comme celle des Mayas et surtout les Zapotèques.

Ainsi, les civilisations vivent et meurent, mais rien n'est jamais définitivement perdu. Effectivement, on constate une grande continuité culturelle et surtout religieuse dans ce Mexique qui adorera encore le Jaguar et qui perfectionnera l'astronomie et développera l'écriture. Aujourd'hui encore, les Olmèques conservent une bonne part de leurs mystères et il n'est pas sûr que l'on en sache beaucoup plus car si La Venta fut découverte, ce fut par des géologues qui ne cherchait pas la gloire mais simplement des gisements de pétrole. J'imagine leur surprise en découvrant ces têtes monstrueuses à demi-enfouies sous la végétation. Victimes d'une exploitation intensives, les champs pétrolifères cernent désormais ces sites fondateurs de la culture mexicaine.

« La tête colossale n°1 » de San Lorenzo - Symbole de la culture Olmèque - Musée national d'anthropologie de Mexico
« La tête colossale n°1 » de San Lorenzo

Pour en savoir plus sur les Olmèques

Les articles du Wikipedia

fr.wikipedia.org/wiki/Olmèques (fr.)

fr.wikipedia.org/wiki/La_Venta_(Mexique) (fr.)

http://en.wikipedia.org/wiki/Tres_Zapotes (en.)

Les articles de Wikipedia

http://vies-ailleurs.ifrance.com/olmeques.htm (fr.)

Pour en savoir plus sur les autres civilisations précolombiennes

« Le Peuplement de l'Amérique »

« L'histoire du Mexique »

« La culture de Teotihuacán »

« Les Chichimèques »

« Les Mixtèques »

« Les Toltèques »

« Les Totonaques »

« Les Zapotèques »

« Les Mayas »

« Les Aztèques »